Faire du “zéro gaspillage, zéro déchet”, c’est adopter un certain point de vue sur le réel. Point de vue qui explique certains défauts et échecs du mouvement. Dans cet article, je présente ce point de vue, pour mieux voir ce qu’il a de problématique ensuite.
En résumé : Le zéro déchet part d’objets concrets pour nous faire réaliser l’importance de la matière dans l’économie. Il nous fait prendre conscience de notre position de pouvoir dans la société, et réfléchir à comment l’utiliser au service des droits fondamentaux des autres… Quitte à sacrifier notre intérêt personnel. C’est une critique de l’économie mondiale qui pousse à agir dans l’intérêt commun de l’humanité. Problème : ce point de vue pourrait bien embarquer un impensé colonial, aussi partagé par d’autres écologies.
➡️ Voir les articles précédents de la série.
Le zéro déchet n’est pas qu’un ensemble de pratiques, c’est aussi un point de vue particulier sur le réel, une façon d’aborder les choses. Dans cet article, j’explique “l’effet que ça fait” de vivre zéro déchet : comment on justifie ses pratiques, comment on se rapporte au monde. Mais pourquoi présenter ce point de vue ?
D’abord, parce que le zéro déchet possède des limites intellectuelles qui sont particulièrement visibles quand on explicite son point de vue. Ensuite, pour comprendre certains échecs stratégiques et tactiques du mouvement au regard de ces limites. Enfin, et surtout, parce qu’étudier le point de vue zéro gaspillage permet de saisir quelque chose de la colonialité au sein de l’écologie en France.
Le personnel de l’écologie politique et militante est souvent blanc, économiquement favorisé, et parfois les deux. Mais pour réaliser une société sobre et juste (ou décroissante), il va falloir convaincre au-delà. Et ça n’arrivera pas si les écologistes n’interrogent pas sérieusement leur propre colonialité.
Analyser le “point de vue zéro déchet” est un pas dans ce sens. Avec ce billet je pose les bases : je décris comment fonctionne l’approche zéro gaspillage du point de vue de celui ou celle qui l’adopte, dans un exercice d’introspection. Mon objectif est d’étudier les implicites et les limites du mouvement dans un prochain billet.
L’objet comme étape de la matière
Le zero waste propose de regarder les objets qui nous entourent pour y voir leur système de production. Il s’agit de prendre une réalité concrète, devant nous, et de l’utiliser pour rendre visible des processus de fabrication, de distribution, des usages, et une gestion de sa fin de vie comme déchet. C’est une méthode pour prendre conscience des impacts écologiques d’un bien ou d’un service, en amont et en aval d’une étape donnée.
Ce livre dans ma main, d’où vient-il ? Comment a‑t-il été transporté jusqu’à moi ? Et avant ça, comment a‑t-il été fabriqué ? D’où vient son papier, ses encres, sa colle, ses fils ? Quelle est l’histoire de la matière que je tiens entre les doigts ? Ce papier a été du bois. Quand ? Où est la forêt dont il a été coupé ? Combien de pétrole les tronçonneuses et les camions ont-ils consommé ? Quels produits chimiques ont blanchi ce papier ? Combien de ressources ont été mobilisées pour éditer, imprimer, promouvoir, vendre, et finalement amener cet objet devant moi ? L’idée est de remonter le trajet de sa matière, puis d’imaginer la suite.
Parce que maintenant, qu’est-ce que je fais du livre ? Est-ce que seulement je le lis ? Jusqu’à la fin ? Est-ce qu’il reste inutile des années dans ma bibliothèque ? Peut-être que je le remets en circulation (don, prêt, vente…). Peut-être que je le découpe pour faire des collages. Que je le jette au recyclage, qu’il finit en décharge ou en incinération. Chaque option a un impact écologique différent, et je décide laquelle réaliser. Bien sûr, j’ignore ce qui va vraiment se passer, mais je connais les probabilités. Les choses jetées à la poubelle ne sont pas miraculeusement sauvées par des fées : il y a trop de poubelles et pas assez de fées.
Le zéro gaspillage nous habitue à voir dans les objets une simple étape, un état temporaire de la matière. L’important ce n’est pas cette étape, mais le parcours entier : tout ce qui a précédé et tout ce qui suivra. Le zero waste met l’analyse de cycle de vie au cœur de son rapport aux choses. L’organisation de la production compte plus que l’objet produit.
Une vision à l’échelle mondiale
Parce que les chaînes de valeur et de production sont depuis longtemps mondialisées, le zéro gaspillage est de fait un mouvement qui pense à l’échelle globale. Le zero waste veut prendre en compte la destruction productiviste depuis la mine de cuivre en Amérique latine, jusqu’aux rivières de plastiques d’Asie du Sud-Est, en passant par les décharges de matériel électronique en Afrique.
Le mouvement s’interroge sur les entrées et les sorties du système de production mondial. Qu’est-ce qu’on prélève dans le milieu ? Qu’est-ce qu’on y rejette ? Pour quels besoins ? S’il faut excaver des centaines de kilos de terre, détruire des écosystèmes et polluer les eaux pour fabriquer 150g de smartphone irréparable et vite obsolète, est-ce une bonne affaire ? Pour qui ? Pour combien de temps ? Le zéro gaspillage ramène les quantités de matières mobilisées à leurs usages attendus et aux bénéfices pour l’humanité dans son ensemble.
Le problème d’un gobelet en carton n’est pas le déchet qu’il devient quelques secondes après usage, mais que son existence repose sur des infrastructures complètes, des modèles d’affaires et des chaînes de “valeur” orientées vers ce genre de produit.
Le gaspillage matière commence avant même la construction de l’usine de vaisselle jetable, quand certains décident de consacrer l’énergie, le sable et les métaux à un projet sans avenir écologique. Le problème du produit qu’on jette, c’est l’usine qui reste, l’organisation de l’économie mondiale autour de structures qui ne produisent que des ruines.
Une critique économique
Le zéro gaspillage remet la matière au centre de l’économie, parce qu’elle permet de satisfaire les besoins humains. Le mouvement s’intéresse à la ressource pensée dans sa dimension matérielle. Par contraste, des approches similaires peuvent insister sur l’énergie (le Shift Project par exemple) ou sur la biodiversité (qu’on appréhende comme “réservoir” ou “service écosystémique”)1.
Ce recentrage permet d’opérer une critique des théories et activités économiques dominantes. Avec elles la matière ne compte pas : tout se passe comme si elle n’avait aucune valeur, comme si le substrat du réel n’existait qu’à peine. Le zéro déchet affirme l’inverse : la matière compte, elle constitue le monde et nous permet d’agir sur lui.
Nos économies organisent plus le gaspillage que la production. Notre système prétend qu’il est rationnel de gaspiller les ressources matérielles, pour optimiser ses ressources financières. Peu importe qu’on dégrade, détruise, pollue notre milieu, si on gagne de l’argent. C’est une façon de penser qui prend les choses à l’envers, qui renverse l’ordre des causes et des conséquences.
La valeur de l’air qu’on respire ne vient pas de sa capacité à être échangé sur un marché pour faire du profit. Elle vient de sa capacité à satisfaire un besoin humain. Si quelqu’un vous disait que l’air ne vaut rien, car on ne peut pas en tirer d’argent, vous pourriez légitimement lui répondre qu’il passe à côté du sujet. Pas simplement qu’il a tort, mais qu’il n’a rien compris au fonctionnement le plus basique du réel.
Nos économistes n’hésitent pourtant jamais à dire que seule compte la valeur d’échange des biens et services, sans aucune forme de connexion avec des besoins ou la matérialité. Que la valeur d’une entreprise peut varier d’une seconde à l’autre, alors que rien dans le monde n’a changé. Qu’une fausse innovation numérique, sans application ni public, peut valoir des millions2. Ou qu’on peut ravager des écosystèmes entiers pour faire passer des routes dédiées à des voitures polluantes, et que c’est “rentable”.
Les tentatives de donner un prix à la nature ou à la biodiversité illustrent de la façon la plus aboutie le renversement qu’opère notre système économique. Elles témoignent d’une incapacité à se rapporter au réel autrement qu’en termes de flux financiers. On en vient à cultiver des champs pour transformer la nourriture en carburant ou en carton. Tout en important des légumes de l’autre bout du monde, comme si leur transport et leur conditionnement n’avait aucun impact.
Le point de vue zéro déchet nous met face à cette mystification et à son absurdité. Il casse l’illusion d’un monde immatériel et rappelle que produire nous force à utiliser de la matière, à choisir pour quoi, pour qui, et comment. Il révèle l’injustice et le gaspillage systémique au cœur de nos économies. Une situation qui pourrait prêter à rire, si elle n’était pas sinistre.
Un repositionnement individuel
Le point de vue zéro gaspillage ne limite pas à repositionner la matière et les objets au sein d’un système de production mondial. Il propose de s’y repositionner soi-même, en tant qu’individu singulier. Faire du zéro déchet, c’est interroger sa place dans le gaspillage généralisé, se demander comment on participe à la destruction organisée, et comment l’arrêter.
En prenant conscience de ma position, je mesure mon impact et trouve des moyens d’action depuis là où je suis. Je découvre mon pouvoir en tant que consommateur, en tant que travailleur, et plus largement comme maillon d’un système social et politique. La question est alors de savoir comment exercer ce pouvoir.
Je ne peux pas empêcher IKEA de fabriquer des meubles peu solides, presque jetables, et d’inciter sans cesse à leur renouvellement dans une logique de fast déco. Mais je peux prendre soin de mes meubles, savoir les réparer, les remettre au goût du jour, et ne les changer que contraint. Faute d’arrêter la chaîne de production, je peux ralentir la demande, retarder le moment où j’aurais besoin de consommer. Je peux me détourner de la consommation et cultiver d’autres parties de mon existence, dans une sorte de boycott à durée illimitée3.
Mais peut-être que je peux empêcher IKEA, si ma position me donne un pouvoir suffisant. Parce que je suis, par exemple, financeur·e, actionnaire, dirigeant·e d’IKEA, homme ou femme politique d’influence, ou même journaliste. Dans ces cas-là, le zéro gaspillage, c’est d’utiliser mon pouvoir là où il est le plus efficace, pas de m’épuiser en petits gestes. Réduire le gâchis ne passe pas uniquement par une liste d’actions individuelles stéréotypées (composter, acheter d’occasion, etc.) : c’est un spectre d’actions dans lesquelles choisir selon sa position et son pouvoir.
Si je conçois des produits réellement utiles, le zéro déchet c’est probablement l’écoconception. Si je finance des projets, c’est peut-être de rejeter ceux incompatibles avec une société sobre. Et ainsi de suite : l’objectif est de stopper le gaspillage aussi près de la source qu’il m’est possible.
De l’objet aux personnes
Il y a trois processus en tout : on repositionne l’objet au sein d’un système de production mondial, puis on s’y repositionne soi-même, et enfin on y repositionne les autres. L’objet sous mes yeux rend visible le cycle de la matière, un retour sur moi me fait comprendre ma place dans ce cycle, et ma place dans ce cycle me permet d’imaginer celle des autres.
La matière de l’objet créée un lien entre les êtres humains impliqués dans son cycle de vie. Elle relie celles et ceux qui extraient des matériaux bruts, qui les transforment, distribuent les produits finis, les utilisent, et ceux qui les traitent une fois devenus des déchets. L’objet devant moi me permet de penser le système de production comme un processus social, géré et opéré par des êtres humains.
Le t‑shirt que je porte est le résultat d’un travail. Son parcours commence dans les champs de coton en Chine, en Inde ou aux États-Unis. Sa matière me relie à celles et ceux qui l’on fait pousser, qui ont récolté ce coton. Quelles sont leurs conditions de vie ? Comment ma demande en vêtements neufs, pas cher, à la mode, et vite livrés, affecte-t-elle leur existence ? Est-ce qu’elle fait peser un risque sur leur survie et sur les droits ? En détruisant leur santé, leurs milieux naturels, leurs ressources en général.
La matière du fil tisse un lien entre toutes les personnes impliquées dans la production du t‑shirt. À chaque étape, je peux me reposer les questions précédentes. Qu’en est-il de celles et ceux qui travaillent dans les filatures textiles ? Ou à coudre les pièces du tissu ? Comment vivent les employé·es de l’industrie du transport et de la logistique ? Depuis celles et ceux qui ont mis ce t‑shirt dans un cargo en Chine, jusqu’à celleux qui l’ont livré dans un point relais de ma ville.
La production n’est pas un processus automatisé. C’est un processus social. Ce sont des relations entre être humains. Elles engagent des choix politiques, des solidarités et des interdépendances. Avec qui on se lie, et comment on se lie. De qui veut-on dépendre ? Qui veut-on soutenir ? Le zéro gaspillage engage à penser à ces personnes, à s’intéresser à leur situation, et à créer des liens différents.
Ce t‑shirt ne sera pas toujours avec moi. À un moment, il sera usé, passé de mode, déchiré ou plus à ma taille… Faire du zéro déchet, c’est réfléchir à celles et ceux à qui je le confie après moi, à qui je transmets cette matière. On ne fabrique pas le même monde en donnant son t‑shirt à des proches, en le vendant sur Internet ou en le mettant dans un conteneur à vêtements. On ne passe le relais ni aux mêmes personnes, ni aux mêmes projets. Et quel que soit mon choix, l’incertitude demeure : ce t‑shirt pourrait bien finir en décharge à mettre en danger des vies au Ghana4. Peut-être que le moins risqué, c’est de le garder chez moi et d’en faire un chiffon.
Prendre en compte des intérêts
Avec le zéro gaspillage, on se projette au-delà de sa position et de son intérêt personnel. On tente d’agir en prenant en compte les intérêts d’autres personnes dans la chaîne de production. L’action zéro déchet n’est jamais orientée autour d’un intérêt purement individuel : elle tente d’intégrer les impacts sur toutes les parties prenantes, sur toutes celles et tous ceux qui vivront des conséquences directes et indirectes de l’action. Refuser les bouteilles en plastique par exemple. Ce n’est pas seulement une histoire de gaspillage des ressources et de pollution. C’est aussi un moyen d’agir dans l’intérêt de celles et ceux qui vivent aujourd’hui submergés par des déchets plastiques.
Mais le point de vue zéro gaspillage va plus loin. En l’adoptant, j’assume de prioriser l’intérêt d’autres acteurs et actrices sur mon intérêt individuel direct. Je peux mettre mon intérêt au second plan et agir consciemment contre cet intérêt. Prenez la réparation. Bien sûr que faire réparer un grille-pain coûte trop cher ! Que c’est plus long, plus pénible et plus compliqué que d’en racheter un d’occasion. Mais qui va payer le coût écologique et humain de son traitement comme déchet ? Quelle terre va être polluée par ce matériel mis en décharge ? par son recyclage sauvage ? Qui sera à inhaler les vapeurs de son plastique fondu, dans l’espoir d’en extraire des métaux ? Et où ?
En décidant de faire réparer un objet, j’agis souvent contre mon intérêt économique direct, mais en faveur de l’intérêt d’autrui. J’accepte de payer un coût économique plus fort à mon niveau, pour éviter des coûts écologiques et humains plus loin dans le cycle de vie du produit. J’utilise le pouvoir dont je dispose pour prévenir ou compenser des injustices connues ou prévisibles.
Attention. Ce n’est pas que faire du zéro déchet implique de toujours mettre ses intérêts au second plan. Mais c’est une possibilité qui existe et dont la part n’est pas négligeable. Elle est cohérente avec une façon de voir globale où l’intérêt de celui qui agit n’est jamais le seul pris en compte lors d’une décision. Ce qui caractérise le zéro gaspillage est peut-être justement cette radicalité : accepter de mettre au second plan son intérêt de privilégié, dès que possible, mais sans pour autant sans chercher à le faire à tout prix. Si je n’ai pas le pouvoir d’intégrer l’intérêt des autres à ma décision, je reconnais que je n’ai pas ce pouvoir.
Pourquoi renoncer ?
Mais pourquoi agir ainsi ? Je propose trois hypothèses. La première, c’est que cela permet de maintenir une image positive de soi : en embrassant l’approche zéro gaspillage, on se voit comme une personne altruiste, qui se sacrifie, presque un sauveur. Ce n’est pas à exclure, mais ça n’est pas intimement lié à cette idéologie.
La deuxième hypothèse est que le zéro déchet possède confusément une dimension morale. Il s’articule implicitement autour de valeurs comme les droits humains, l’égalité ou l’impartialité. Si la société de gaspillage nuit objectivement aux droits des personnes, et que ces personnes sont nos égales, alors leurs intérêts ne doivent pas compter moins que les nôtres.
Je peux renoncer à boire un bubble tea dans un gobelet jetable, parce que je priorise le droit à un environnement sain pour celles et ceux qui subissent la pollution due aux emballages. Mon confort ne prime pas sur leurs intérêts. Si mon intérêt ne correspond pas à un droit important, il peut passer après celui d’une autre personne dont un droit fondamental est en jeu.
L’horizon d’un intérêt commun
Troisième hypothèse : à l’instar d’autres écologies, le zéro déchet suppose sans le dire que tous les intérêts fondamentaux se rejoignent. En privilégiant l’intérêt d’une autre personne, je ne vais pas vraiment contre le mien : j’agis dans mon intérêt indirect, au détriment de mon intérêt direct. Au fond, tout le monde gagne à maintenir une planète vivable. Personne n’a véritablement intérêt à accepter le gaspillage des ressources. Face au chaos climatique et au risque sur le vivant, les intérêts de tous et toutes se rejoignent, même à long terme et indirectement.
Condamnés à partager un même espace Terre, à se répartir ses ressources et à subir ensemble les conséquences des sociétés de gaspillage, tous les être humains aurait des intérêts communs. Une idée qu’on retrouve plus ou moins explicitement dans nombre d’écologies.
Faire du zéro gaspillage, c’est agir depuis sa position en prenant en compte l’intérêt de l’humanité. Là où d’autres écologies pensent l’intérêt de tout le vivant, le zero waste est anthropocentré : il s’intéresse spécifiquement à l’intérêt des humains.
Une méthode pour changer de regard
On présente souvent le zéro déchet comme un ensemble de pratiques concrètes : acheter en vrac, en consigné, d’occasion, faire réparer, etc. C’est une liste incomplète et stéréotypée. Si on approfondit un peu, le zéro gaspillage est plutôt une méthode : une série de règles pour choisir quelles pratiques mettre en œuvre selon le contexte. Il n’y a pas d’action zéro déchet en soi, indépendamment d’une situation donnée.
Beaucoup d’actions peuvent être zéro déchet, tant qu’elles contribuent à réduire le gaspillage à la source : l’entretien et la maintenance par exemple, car le soin des choses évite d’avoir à réparer ou remplacer. Et les propositions d’action les plus fréquentes peuvent aussi être source de gaspillage. Acheter en France des vêtements d’occasion importés des États-Unis réduit bien les déchets, mais assez peu le gaspillage.
Le cœur du zéro déchet n’est pas donc une série de pratiques, mais des principes méthodologiques, comme les 5R ou la méthode BISOU. Avec cet article, j’ai tenté d’illustrer une autre méthode zero waste : celle qui permet de changer de regard, de penser le système économique et social autrement.
Mon témoignage sur la dimension psychologique du zéro déchet montre que ce n’est pas seulement un point de vue. C’est aussi une méthode pour apprendre à adopter ce point de vue, une série de questions à se poser, qui amènent à une prise de conscience écologique et sociale.
Voilà pour le point de vue zéro déchet. Si la reconstitution que j’en fais est évidemment liée à mon expérience personnelle, je pense qu’elle saisit bien quelque chose de plus général au sein du zero waste. On va maintenant pouvoir s’intéresser à la critique du point de vue zéro gaspillage et à son impensé colonial. Un impensé qu’on pourrait retrouver dans d’autres écologies.
Vous avez lu ce billet jusqu’au bout (merci ❤️) et vous pratiquez le zéro déchet ? J’aimerais votre avis. Ce billet part de mon expérience, et j’ai besoin des autres pour savoir à quel point mon vécu est représentatif (ou pas).
Est-ce que ce que je raconte vous semble fidèle à votre expérience du zéro déchet ? Est-ce que ça clarifie des choses sur lesquelles vous ne mettiez pas de mots ? Ou bien est-ce que ça vous semble faux, aller trop loin, ou encore autre chose.
Bref, n’hésitez-pas à laisser un commentaire (même si on est en 2024), à m’écrire un mail ou à venir en discuter sur le Fédiverse.
Notes
- Ce n’est pas que le zéro déchet ne pense pas du tout ces choses, mais ce n’est pas son point de départ. On peut intégrer la biodiversité, l’énergie, et autres aux préoccupations zéro gaspillage en pensant ces éléments comme des ressources. Mais ça suppose de déjà bien comprendre le zéro déchet. ↩︎
- À titre d’exemple : en 2014, une application mobile publiée un 1er avril a été évaluée entre 5 et 10 millions de dollars, puis a reçu un financement d’1,5M$. Sa seule fonctionnalité : envoyer le message “Yo” à ses amis par message texte ou en notification audio. Deux ans plus tard, le projet était abandonné (lien en anglais). Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. ↩︎
- Un tel désintérêt n’est pas anodin : le plus grand risque pour une industrie, c’est que ses clients abandonnent tout intérêt pour son produit, qu’ils n’y pensent même plus et consacre leurs esprits, leur temps et leur argent à autre chose. Une personne qui change de boucher fait perdre à un client à son ancien commerce, pas à l’industrie de la viande. Une personne qui devient durablement végétarienne est perdue pour la cause. Dans une société de consommation, la sobriété et la déconsommation sont littéralement subversives. ↩︎
- Sur la plage d’Accra (capitale du Ghana), les déchets textiles se mêlent au sable et deviennent des réservoirs d’eau où pondent les moustiques, augmentant ainsi les risques de malaria. Les déchets textiles mettent en danger l’écosystème marin local, s’accrochent aux filets des pécheurs et perturbent les activités de loisir. Voir le site Stop Waste Colonialism (en anglais) ↩︎