C’est quoi être adulte ? Longtemps, j’avais une théorie là-dessus. Maintenant j’en ai deux. Elles ne collent pas ensemble. Un billet pour tenter de démêler, qui vous apprendra les secrets de l’âge adulte (ou pas).
J’ai longtemps pensé l’âge adulte par opposition à l’adolescence. Ado, j’étais une boule de pression sociale : ce que je m’autorisais à être, à vouloir être, à faire était filtré et régulé par une pression externe. Être adulte, c’était s’émanciper de l’avis des autres. Faire les choses par motivation intrinsèque : pour moi, comme j’avais envie, parce que j’en avais envie.
D’où ma première théorie. On est adulte quand on privilégie ses envies et besoins sur l’avis des autres. Si vous avez honte, peur du ridicule, du regard des autres, vous n’êtes pas encore adulte (désooooo). L’âge adulte vient avec la conscience que les goûts et les avis sont multiples, et que personne n’est légitime pour critiquer vos goûts, vos passions et vos projets.
Je pensais ça, j’étais jeune adulte.
Adulte, mais jeune.
En vieillissant, je me dis qu’au contraire, être adulte c’est s’en foutre de tout. Pas juste de l’avis des autres, mais aussi de ce qui nous arrive à nous-mêmes. C’est la fatigue d’exister, de choisir, de faire le moindre effort. On est adulte quand on en a tellement plus rien à faire de ce qui nous arrive que c’est OK de passer sa vie au boulot.
Pas le boulot sympa qu’on aime, qui a un sens : celui qui est naze, vide de sens, qui paie mal et n’apporte aucune émancipation. Celui dont on oublie tout à l’instant où on le quitte, parce qu’on lui est tellement extérieur qu’il n’imprime pas sur notre existence. On se dit que ça se calmera la semaine pro, ça n’arrive jamais, et on meurt.
Être adulte, c’est atteindre le niveau de détachement où plus rien ne nous atteint, y compris nous-mêmes. Il y a un jour où on s’achète les chaussettes qu’on veut, même si elles sont ridicules. Et un autre où on accepte n’importe quelles chaussettes à Noël, parce qu’on s’en fout complètement de ce qu’on porte. Deux visages de l’âge adulte.
Un de plus et ça fera un Mario Bava.
En relisant ce texte (étonnamment, je relis avant de publier), je réalise que je suis probablement déprimé. C’est peut-être l’hiver, la rentrée demain, le climat ou les génocides… Ou alors juste l’âge adulte.
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