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Die Hard 4 : Quand les vieux se rebellent

Die Hard 4 oppose les jeunes aux vieux. Et les vieux gagnent ! Pendant 2h, le film explique qu’un “bon jeune” accepte la culture et les valeurs des vieux. Sinon, c’est un ter­ro­riste. Un jeune hon­nête sait que les vieux ont rai­son. Sans rire. 

Die Hard 4 en deux mots. Un flic vieillis­sant se trouve embar­qué dans une affaire de cyber-ter­ro­risme. Incapable de com­prendre la tech­no­lo­gie, John McLane va quand même sau­ver l’Amérique. Pour cela, il lui fau­dra l’aide d’un jeune pirate infor­ma­tique : Matt Farrell. Les deux rôles sont cam­pés. Patriote vieille école pour l’un, geek para­no pour l’autre. Au long du film, leur rela­tion passe du conflit fron­tal à la col­la­bo­ra­tion for­cée. Jusqu’à ce que Farrell embrasse les valeurs incar­nées par McLane. À ce moment là seule­ment, il obtient l’auto­ri­sa­tion de sor­tir avec la fille du héros. Fin.

Le film pose d’emblée le déca­lage géné­ra­tion­nel. McLane n’est pas com­pris par les jeunes. Il suit sa fille à un ren­dez vous galant ? Normal, il veut la pro­té­ger. Il inter­vient dans son inti­mi­té pour la sépa­rer d’un type (entre­pre­nant) et sa fille ? Normal, il veut la pro­té­ger. Les pre­mières minutes de Die Hard 4 pré­sentent McLane comme un père sur-pro­tec­teur reje­té par sa fille. Elle ne veut pas de lui, parce qu’il se com­porte d’une façon inac­cep­table. Mais pour lui, il ne fait rien de choquant.

La suite accen­tue ce déca­lage. Obligé de faire équipe, Farrell et McLane sont métho­di­que­ment oppo­sés. Ils n’aiment pas la même musique. Ils n’ont pas la même culture. Ils n’ac­cordent pas de l’im­por­tance aux mêmes choses. Quand Farrell dit que les médias mentent et que tout n’est que pro­pa­gande, McLane n’est pas d’ac­cord. Quand Farrell fait preuve d’in­dif­fé­rence au sort de l’Amérique, McLane lui rap­pelle qu’il parlent de vrais gens, avec une vie, une famille et tout.

Le carac­tère has-been de McLane est ancré, mais ce n’est pas grave. McLane a rai­son d’être comme il est. Il repré­sente les valeurs tra­di­tion­nelles. Il incarne le All American Hero. Oui, il n’y connaît rien à la tech­no­lo­gie. Mais c’est nor­mal. Ceux qui sont louchent, c’est ceux qui s’y inté­ressent. Et d’ailleurs, c’est eux les méchants. Les pirates infor­ma­tiques qui s’en prennent à la Maison Blanche.

Gentil ou pas, t’es qu’un jeune

Structurellement, Farrell est du coté des gen­tils. Les méchants ont vou­lu l’as­sas­si­ner : il n’est donc pas avec eux. Et puis­qu’il aide McLane, il est du bon coté. Pourtant, sa carac­té­ri­sa­tion dit l’in­verse. Farrell est un pirate. Il est le même genre de per­sonne que les anta­go­nistes. Il y a une uni­té cultu­relle entre les ter­ro­ristes et lui. Les élé­ments de sa carac­té­ri­sa­tion des­sinent aus­si celle des méchants du film.

Farrell est égoïste. Seul son sort l’in­té­resse, ou celui des gens qui lui res­semblent. Il est anti-amé­ri­cain. Il refuse le patrio­tisme et n’a aucun atta­che­ment affec­tif à son pays. Il pri­vi­lé­gie la tech­no­lo­gie et des consi­dé­ra­tions abs­traites aux “vrais gens”. Il vient d’une culture “geek” : Star Wars, Star Trek, etc. Mais sur­tout, il est jeune.

Le film ne s’en prend pas sim­ple­ment à la culture tech­no­phile. Il y a une dimen­sion géné­ra­tion­nelle. Tous les méchants sont jeunes. Il n’y a pas de place pour des pirates infor­ma­tiques plus âgés. Il n’y a pas de place pour des repré­sen­tants plus vieux de la culture geek. Et l’op­po­si­tion entre McLane et Farrell n’est jamais un conflit stric­te­ment cultu­rel. Quand McLane met du vieux rock à fond pour éner­ver Farrell, le truc est bien qu’il s’a­gisse d’une musique vieille et dépas­sée.

Lorsque McLane se dis­pute avec sa fille, le pro­blème n’est pas sa culture. C’est bien son âge. McLane n’est pas en conflit avec les geeks, il est en conflit avec les pra­tiques des jeunes et leurs cultures. Le fait qu’il soit en mau­vais terme à la fois avec sa fille (non geek) et Farrell (geek) est signi­fi­ca­tif. La dif­fé­rence de géné­ra­tion est bien en jeu.

Être vieux, y a que ça de vrai

Tout ça pour­rait aller si le film n’a­bou­tis­sait pas à l’a­po­lo­gie des vieux tra­dis. À la fin, McLane gagne. Mais com­ment ? Et bien en prou­vant que les mecs avec des PCs, ils peuvent rien contre les vrais hommes avec des flingues, des muscles et du cran. Les cyber-ter­ro­ristes ne font pas le poids contre la vraie force. Pas besoin de com­prendre le monde moderne et la tech­no­lo­gie : il suf­fit d’a­voir des c***lles.

Il n’y a pas de dia­logue cultu­rel. Il n’y a pas d’é­change ou d’ap­pren­tis­sage de la part de McLane. Le per­son­nage res­sort intact de sa ren­contre avec Farrell. Il est exac­te­ment le même avant et après l’ac­tion. Il repré­sente les valeurs amé­ri­caines, et elles n’ont rien à apprendre de per­sonne. Elles sont déjà les meilleures du monde.

À l’in­verse, Farrell se trans­forme au cours du film. Il va pro­gres­si­ve­ment recon­naître que McLane a rai­son. Qu’il est effi­cace, mais aus­si qu’il a rai­son sur le fond. Il va embras­ser ses valeurs. Jusqu’au moment où il dit car­ré­ment que le vieux rock, c’est pas si mal. Le jeune apprend de la vieillesse, mais ce qu’il apprend, c’est qu’il faut être vieux. Devenir quel­qu’un de bien, c’est adop­ter les valeurs et le mode de vie des vieux.

Parce qu’il a chan­gé, Farrell peut essayer de sor­tir avec la fille de McLane. Le modèle latent est invrai­sem­blable. Le jeune a gagné l’es­time du père, qui accepte qu’il pré­tende à sa fille. Aucune inter­ro­ga­tion sur le prin­cipe de l’au­to­ri­sa­tion paren­tale pour avoir des rela­tions. Aucune cri­tique du fait qu’on tente de régen­ter la vie de deux adultes de plus de 20 ans. Non.

Les vieux ne changent pas, et il n’y a pas de problème.

L’important, c’est que les jeunes deviennent comme les vieux.

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Précision, je n’ai pas revu le film pour le billet. Il peut avoir des impré­ci­sions. J’ai du voir Die Hard 4, quatre ou cinq fois. Donc bien deux pour m’as­su­rer que je ne rêvais pas son mes­sage jeune / vieux.


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